Paul Lantieri et ses amis corses et la Mairie d’Aix en Provence …
En France, pays des Lumières et du contrat social autant que des droits de l’homme, les cercles de jeux ne sont pas des maisons de vice. Loi s’en faut. Ne s’y aventurent légalement que les associations de loi 1901 à but non lucratif et paré des plus beaux idéaux. Par exemple « promouvoir l’idéal républicain à travers la communication, les études etc », objet déclaré, du Cercle pour la concorde et les relations humaines, dit « Cercle Concorde ».
Las, les plus belles causes sont parfois dévoyées, et cette association, qui eut, 90 ans durant, l’autorisation de prêcher la bonne parole via son cercle de jeux, subit les foudres du ministère de l’Intérieur en 1987, qui révoque son autorisation. La Place Beauvau s’avère, en effet, la seule habilitée à décréter l’ouverture et la fermeture de ces doux lieux d’éducations. Et n’accorde qu’au compte-goutte ces accessits aux plus méritants, après une sourcilleuse enquête, précieux sésame d’une durée d’un an, révocable à tout moment.
Si belle et humaniste entreprise attire, bien entendu, des foules désintéressées. A l’orée 2004, le couple Lantiéri-Rouge, se joint au nombre des mécènes.
Leur dévolu se jette justement sur le Cercle Concorde, que l’ancien patron, Edmond Raffali, et ses 70 ans bien tassés, se pique de rouvrir, et cherche des soutiens. Une première demande de réouverture, déposée fin 2004 est refusée. Officiellement pour cause de contexte économique défavorable. Au terme d’un vigoureux lobbying exercé par un poids lourd du sport de haut niveau, proche de Chirac et des Lantiéri, la conjecture s’améliore. N’en déplaise aux déclinologues. Un mystérieux « Arménien » s’active également autour de l’Intérieur.
Et le 19 juillet 2005, le directeur des libertés et de la sécurité publiques du ministère de l’Intérieur appose sa signature sur un arrêté qui autorise la réouverture du Cercle.
« Le cercle Concorde qui avait connu ses heures de gloire dans les années 80 avant une fermeture administrative en 1987, avait été réactivé au début de l’année 2006, pour son ancien fondateur Edmond Raffali, grâce à l’intervention de Paul Lantiéri qui comme à son habitude, s’était appuyé sur son ami François Rouge », résument pudiquement les enquêteurs marseillais, en 2008. « Alors qu’Edmond Raffali n’apportait que le nom du cercle Concorde, le financement de cette opération devait être réalisé par les apports de sept membres bienfaiteurs (…) tous amis de Lantiéri pour un montant total de 900 000 euros, les travaux d’aménagement ayant été financés pour leur plus grande part, et pour plusieurs millions d’euros, par Rouge qui faisait manifestement écran à d’autres investisseurs occultes ».
Une flopée de dons généreux destinés à refaire une beauté au Cercle, sis 9 rue Cadet à Paris 9e, et à la brasserie attenante, le Rich. Dont « 300 000 euros en liquide par Sextius, qui n’avait aucune participation officielle dans le Cercle ».
Gens de biens, Lantiéri, Rouge et Raffali ne souhaitent guère faire la pub de leur mission humaniste. Louable timidité due pour Raffali à « un lourd passé judiciaire ».
A la présidence de l’association du Cercle, le vieil Edmond désigne un gentil prête nom, qu’il dit assister en qualité de « conseiller ».
Quant à Sextius, le bras financier du couple Rouge-Lantiéri, elle se contente d’être l’unique associé de la brasserie du cercle, le Rich. Monsieur Paul en devient le très officiel gérant et le très officieux patron du cercle. Devant les poulets, oubliant son humilité naturelle, Rouge concèdera toutefois « que le Cercle et le restaurant étaient indissociables ».
Pour compléter l’attelage et s’assurer que nul ne trouble le bon ordre voulu en salle, un dernier larron se joint à la belle œuvre, « le clan Fédéricci ». Plus connu en Corse sous le nom de bande « de la plaine orientale », ou poétique de « bergers-braqueurs », cette joyeuse équipée est guidée par le doucereux Ange-Toussaint Fédéricci, rencontré par Lantiéri du côté d’Aix-en-Provence, où la plaine se distingue dans la gestion de boîte de nuit…
Le modus vivendi des trois parties s’est fait dans l’allégresse. « L’affaire qualifiée de poule aux œufs d’or, devant générer des profits clandestins considérables par le biais de détournements de caisse, il avait été décidé d’une répartition de ces gains par un pourcentage affecté à chaque clan intéressé à l’affaire. Il ressortait des écoutes téléphoniques que le clan Fédéricci s’était vu octroyer 15%, le clan Raffali semblait avoir une part minoritaire, l’essentiel des profit étant destiné au clan Lantiéri Rouge, qui avait investi le plus d’argent ».
Les troupes en ordre de bataille, encore faut-il bosser. Heureusement, les Corses ne sont pas fainéants. L’affaire tourne. Les gains du poker atteignent à eux seuls 627 000 euros d’octobre à décembre 2006, pour un montant total de recette par moi proche de 600 000 euros.
Clou de la réussite, la soirée d’inauguration du 30 novembre 2006, qualifiée par le Figaro du 1er décembre, « d’événement people de l’année ». People à foison, chefs d’entreprise, avocats, le tout Aix politique droite et gauche réunie, dont les deux derniers délégués à l’urbanisme, Alexandre Medvedovski (socialiste) et Jean Chorro (UMP). Une tâche de titan de la part de Paul Lantiéri, « facilitée par la densité de son réseau de relations », saluent les policiers.
Hélas, trois fois hélas, une si belle réussite attise les convoitises. Et peut semer la discorde, même au sein d’une équipe aussi désintéressée que celle qui gère le Cercle Concorde. D’autant que Monsieur Paul semble avoir été un peu cachottier avec ses associés…
Et l’enquête sur la tuerie des Marronniers, un sanglant règlements de comptes à Marseille, progresse, chatouillant les clans Fédericci et Rouge-Lantiéri.
Avis de gros temps aux portes du Concorde…
LA SUITE ! LA SUITE ! LA SUITE !





